Les Andelys : « J’étais sur la liste du tueur de l’Oise »

Alors que vient de sortir « La prochaine fois, je viserai le cœur » inspiré de l’affaire Lamare, Henri Cavalier a accepté de revenir sur cet épisode douloureux de sa carrière.

Celui qui fut commandant de la compagnie de gendarmerie des Andelys se replonge trente-six ans en arrière, lorsqu'il dirigeait le PSIG de Chantilly, avec sous ses ordres un certain Alain Lamare, qui deviendra le "tueur de l'Oise"

Celui qui fut commandant de la compagnie de gendarmerie des Andelys se replonge trente-six ans en arrière, lorsqu’il dirigeait le PSIG de Chantilly, avec sous ses ordres un certain Alain Lamare, qui deviendra le « tueur de l’Oise »

En 1977, l’adjudant Henri Cavalier prenait le commandement d’un des sept premiers Pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) à Chantilly, dans l’Oise. Il a alors sous ses ordres neuf sous-officiers et neuf gendarmes auxiliaires. Parmi eux, un certain Alain Lamare, un jeune de 22 ans, qui depuis quinze mois seulement porte l’uniforme.

Crimes et délits

Pendant de longs mois, le gendarme va narguer ses collègues et semer la terreur à travers le département. Il va commettre de multiples agressions allant jusqu’au meurtre d’une jeune femme dans la forêt de Chantilly. Suivie quelques semaines plus tard d’une tentative de meurtre sur une autre jeune fille qui restera handicapée. Il a également plusieurs braquages à son actif. « Je n’ai jamais eu le moindre soupçon sur lui. À l’époque, il a mangé plusieurs fois à la maison et nous parlions de l’enquête comme si de rien n’était. Il me répétait qu’il fallait trouver ce salaud. Je le laissais raccompagner ma fille qui avait alors 14-15 ans en voiture », raconte Henri Cavalier.

Au cœur de l’enquête

Dès la première lettre du tueur dans laquelle il revendique les agressions, certains enquêteurs pensent rapidement avoir à faire à un militaire de par les termes qu’il employait. L’adjudant Cavalier est alors loin de se douter qu’il s’agit de l’un de ses hommes.
La traque, de celui que la presse avait baptisé “le tueur de l’Oise”, est rendue d’autant plus difficile qu’il est au courant des moindres faits et gestes de ses collègues. « À chaque fois que j’avais une réunion à la compagnie de gendarmerie de Senlis, je réunissais tous mes gendarmes pour faire un briefing. Il savait exactement où étaient placés les barrages, les orientations de l’enquête. »
Une fois seulement l’étau se resserre autour du gendarme tueur. « Il a forcé un barrage et poursuivi par nos équipes il a abandonné la voiture qu’il venait de voler au bord de la forêt. Il aurait visiblement passé la nuit dans les marais. »

Portrait-robot

Ce n’est qu’après onze mois de recherches infructueuses qu’Alain Lamare allait finalement être confondu grâce… à un troisième portrait-robot. Un ancien collègue de la brigade de Clermont pense le reconnaître. Le soir, il montre la photo à son épouse qui sans la moindre hésitation répond que « c’est le jeune Lamare ». « Le capitaine Pineau me dit de venir le voir à la compagnie de Clermont. Arrivé dans son bureau, il me demande ce que je pense de Lamare et me dit de vérifier son emploi du temps. Le ventre me tordait quand je me suis rendu compte que Lamare n’était pas en service au moment des faits. Mais je n’osais croire en sa culpabilité. »

L’arrestation

Dans la nuit du 7 au 8 avril 1979, le PSIG effectuait une patrouille à laquelle participait Alain Lamare. Peu avant 2 heures du matin, toutes les patrouilles ont reçu l’ordre de rentrer à la compagnie de Senlis. La suite, c’est Henri Cavalier qui la raconte. « Il est descendu du véhicule avec un pistolet-mitrailleur et je lui ai lancé que nous n’allions pas à la guerre. Dès qu’il a passé les portes de la compagnie, nous lui sommes tombés dessus. J’ai alors découvert qu’il avait une deuxième arme sur lui. Lorsque je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu que c’était pour se défendre quand il rentrait tard chez lui ». Et de poursuivre : « Je commençais alors à réaliser car son visage avait changé, il était devenu froid. »

Il échappe à la mort

Puis vint la perquisition au domicile du suspect. « Avant de rentrer dans l’appartement, Lamare se tourne vers moi et me dit ‘vous avez de la chance si vous ne m’aviez pas mis les menottes, je vous aurais tué’. » Le tueur avait caché un fusil à pompe derrière la porte d’entrée.
Si l’appartement est parfaitement rangé, une pièce est fermée à clé. Et là c’est la stupéfaction. Ce n’est pas une chambre, c’est un QG de l’armée avec une grande tente kaki dressée en travers. Les enquêteurs y retrouvent des plans de la région, des armes, des éléments de preuve et un agenda dans lequel il consigne l’ensemble de ses méfaits à la 3e personne. « C’est là que j’ai appris que j’étais sur la liste du tueur. Il voulait m’éliminer moi et le chef d’escadron Colson le 18 avril soit 10 jours plus tard, il prévoyait de faire sauter le bureau à Chantilly », confie Henri Cavalier avec des trémolos dans la voix.

« Un coup de couteau »

Trente-six ans après, celui qui a été par la suite commandant de la compagnie de gendarmerie des Andelys conserve une cicatrice, qui ne se refermera jamais. « J’ai toujours le sentiment d’avoir été trahi. C’est un coup de couteau qui pourrit la vie. Je pense souvent aux victimes directes et indirectes. On ne peut pas oublier, on peut seulement ranger ça dans un coin de sa tête. » Autant dire que le film avec Guillaume Canet a dû remuer de douloureux souvenirs.

Ce qu’il a pensé du film
« L’acteur principal (Guillaume Canet) est très bien. Le film fait bien ressortir la complexité d’une personne schizophrène. Néanmoins, c’est largement nuancé et romancé. C’est parfois un peu loin de la réalité. Comme au moment de la perquisition où dans le film l’appartement est jonché de sacs poubelle alors qu’il était impeccable et le moment. De même au moment où je le désarme… Mais voir ce film a été poignant et très émouvant pour moi. »

 

Source : L’Impartial

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